Les cyclistes sont-ils des criminels ?

Vous trouvez ce titre un peu racoleur ? C’est normal, c’est le but ! Ce n’est pas dans mes habitudes, mais je souhaite rebondir sur un sujet d’actualité (cycliste bien sûr) qui me révolte quelque peu. Vous en avez certainement entendu parlé, plusieurs cyclistes professionnels se sont fait épinglés par l’Union Cycliste International pour avoir manqué à leur obligation de géolocalisation. Ces coureurs sont ainsi jetés dans la pâture médiatique pour des motifs peu valables …

Où fixer la limite ?

Depuis 1998, le monde du cyclisme professionnel est traumatisé par les affaires de dopage. Festina, Puerto, Cofidis, Landis, voici autant de noms qui rappellent de tristes moments. Et depuis 1998, la plus haute instance cycliste internationale, l’UCI, s’efforce de combattre le dopage comme elle le peut.

Au début de l’année 2008, pour renforcer la lutte antidopage, l’UCI invente le passeport biologique. Ce passeport est censé archiver un profil biologique de chaque coureur, et étudier les trop fortes variations qui sont synonymes de dopage.
Dans le même temps, l’AMA (Agence Mondiale Antidopage) invente le logiciel ADAMS, qui a pour but de géolocaliser les athlètes tous les jours et toute l’année. L’objectif de ce logiciel est de faciliter les contrôles inopinés, notamment sur les lieux de villégiature des coureurs cyclistes.

Ce logiciel ADAMS est peut-être une bonne idée dans le fond, mais présente de nombreuses contraintes pour les coureurs. En effet, ceux-ci ont l’obligation de déclarer où ils sont chaque jours, pour que les inspecteurs de l’UCI puisse les contrôler à tout moment. S’il est facile de prévoir ses vacances, il n’est pas toujours simple de renseigner le logiciel dès qu’on veut faire une excursion d’un ou deux jours … D’autant plus que le logiciel ADAMS requière une connexion Internet. Certes, aujourd’hui on peut se connecter partout, mais il peut arriver d’être sans connexion pendant quelques heures ou quelques jours …

Est-ce que ce suivi à la trace est bien nécessaire ?

Offredo mérite-il une suspension pour rien ?

Revoir les règles de sanction

Ma réponse à la question précédente : oui, mais à certaines conditions. Oui car il est aujourd’hui indispensable de lutter contre le dopage. Il est nécessaire pour cela de pouvoir contrôler les coureurs par surprise à chaque instant.

Ce qui me semble pernicieux avec le logiciel ADAMS, c’est qu’un coureur peut-être suspendu au bout de 3 « oublis » de localisation dans les 18 derniers mois. Autrement dit, si en 18 mois, un coureur commet à trois moments différents une faute d’enregistrement, de saisie, perd sa connexion Internet, ou autre petit couac, il risque une suspension de 1 à 2 ans.

C’est là que le problème survient, comme nous avons pu le constater ces derniers jours avec le cas du jeune Yoann Offredo. Le jeune coureur de la Française des Jeux est sous le coup d’une enquête de l’UCI et de la Fédération Française de Cyclisme pour avoir manqué 3 fois à ses obligations de géolocalisation. Et pourtant, sa ligne de défense est claire : au moins l’un de ces oublis est en fait une erreur de son équipe qui ne l’a pas déclaré alors qu’il était inscrit au départ d’une course. Est-ce que l’UCI est si nulle que ça pour ne pas retrouver une preuve de son engagement en course ?

De la même façon, le champion du monde Mark Cavendish a avoué qu’il avait oublié de renseigner ADAMS une fois, alors qu’il était en train de tourner un film avec des équipes de télévision au sommet de l’Etna en Italie. Est-il si compliqué de retrouver des témoins ?

Dans ces deux cas, les coureurs sont jetés aux médias comme des malpropres, qui se font un malin plaisir de faire peser le soupçon sur leurs épaules. A mes yeux, la faute en incombe à l’UCI, qui n’aurait jamais du révéler ces affaires sans faire son enquête interne avant.

Le cas des sanctions est aussi éloquent. On apprend que le sprinter allemand Robert Kluge a lui aussi oublié de se géolocaliser trois fois. Et pourtant, il nous annonce que sa fédération l’a blanchi sans aucune sanction.

Dans le même temps, Grégory Baugé, également coupable du même « crime », se voit retirer tous ses titres sur piste acquis l’an dernier. Où est la justice ?

En attendant, le cas Contador n’est toujours pas réglé. Pourtant lui, il était positif …

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4 thoughts on “Les cyclistes sont-ils des criminels ?

  1. Attention : il ne s’agit pas de 3 oublis de remplissage, mais de 3 « no-show ». La différence c’est que si ça se trouve, ils se sont trompés 50 fois dans l’année, mais que 3 fois des inspecteurs se sont pointés à l’endroit où ils auraient dû être … et qu’ils n’y étaient pas.

    Tu prends un mec comme Armstrong (à l’époque) ou contador, je pense qu’ils sont contrôlés une fois par semaine. S’ils ils ne remplissent pas correctement, ils ont une chance sur 7 de faire un « no-show ». Un mec comme Offredo, il doit avoir un ou deux contrôle pas mois, il a donc une chance sur 15 ou 20 se faire un no-show … S’il a 3 no-show en 18 mois, il n’a vraiment pas eu de bol et ce sont ses 3 seules erreurs !

    Sur le cas Cavendish, je pense que son tweet concernant le fait qu’il était filmé sur l’Etna, était une blague anglaise pour dire qu’il était en plein Giro. Quand tu dois aller controler Mark Cavendish, et que tu va le contrôler chez lui alors qu’ils est en plein giro, c’est qu’il y a un problème. On ne peut pas trop en vouloir aux inspecteurs qui eut avaient un ordre de mission et ne sont que des préleveurs de sang. le système ADAMS touche tous les sports, pas juste les cyclistes. Les gars en charge des contrôles ne peuvent pas regarder tous les journaux pour savoir où en Cavendish, où est Murray, où tel footballeur et telle gymnaste !

    La faute n’étant pas sur le mec en charge des analyses, est-elle sur celui qui remplis mal sa localisation (l’athlète donc) ou sur la personne ayant commanditée le contrôle ? J’hésite : d’un côté si elle est sur le commanditaire il ne peut pas etre au courant de tout lui non plus, et surtout on s’expose au risque de voir des pays plus laxistes envers certains athlètes et devenir des « paradis de l’entraînement du dopage » … de l’autre côté, je comprend pour les athlètes que c’est contraignant à remplir et que le calendrier change souvent en cours d’année … on ne sait pas trop quel jour on prend le vol pour aller au départ d’une course !

    Dans ta conclusion, tu fais remarquer que Contador n’est pas emmerdé alors qu’il a été contrôlé positif, alors que Beaugé et offredo n’ont eu aucun contrôle positif.
    Je te ferai remarquer que Rasmussen en 2007 n’avait aucun controle positif non plus ! Pourtant il a ramassé et pris 2 années de suspenssion, il végète désormais dans des équipes de seconde zone, sans avoir eu le moindre contrôle positif. Riccardo Ricco, lors de son retour (après s’être fait chopper à l’EPO) n’a pas été contrôlé positif et pourtant tout le monde lui est tombé dessus, il a une étiquette de dopé pathétique … il y a d’autres faits accablants contre lui, mais aucun controle positif ! Je ne veux défendre aucun de ces deux coureurs, ce n’est pas le but de mon propos.

    Des cas comme ça, tu en as encore d’autres : regarde Valverde, regarde tous ceux qui se sont fait suspendre par le passeport biologique (une dizaine de coureurs) mais sans avoir aucun contrôle positif …

    En quoi ces mecs qui n’ont jamais été pris par un contrôle serait noirs, tandis que Beaugé et Offredo eux seraient blancs ? Valjavec ou Lobato ne gagnaient pas plus de courses qu’Offredo !

    Bref, à l’heure actuelle, j’avoue être complètement perdu : tu as d’un côté des mecs qui se font suspendre sans contrôle positif, de l’autre des mecs avec des contrôles positifs dont je doute franchement de la réelle posivité au produit découvert, …

    En revanche, ce dont je suis certain, c’est qu’il y a une profonde injustice dans les traitements : entre ceux qui se font blanchir directement sans enquête, ceux qui se font juste retirer les titres acquis mais n’ont pas de réelle suspension, et ceux qui ramassent … tout ça pour exactement les mêmes tords … ça m’énerve !

  2. Et bien le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est une réponse constructive mon cher Florent ! En ce qui concerne le principe du « no-show », est-tu sur de ton coup ? Pour moi, et d’après les quelques articles que j’ai pu lire sur le sujet, un no-show peut prendre la forme d’une mauvaise localisation ou d’un oubli de localisation dans le logiciel ADAMS, ou une non présentation à un contrôle alors que l’athlète est censé être sur les lieux.
    Certes, les contrôleurs ne peuvent pas savoir où sont chaque athlètes, mais avant de les accuser, une petite enquête ne doit pas coûter bien cher (notamment dans le cas de Cavendish par exemple …)

    Tu parle du cas Rasmussen. Pour lui, il a été clairement établi qu’il avait menti sur sa localisation, ce qui est un fait bien plus grave à mes yeux. Il avait indiqué être au Mexique, alors qu’il s’entraînait en Italie (où l’inverse, je ne sais plus). Le cas Ricco est également différent. Il n’est actuellement sous le coup d’aucune suspension, mais fait l’objet d’une enquête suite à son malaise et ses demi aveux … Et en ce qui concerne le passeport biologique, c’est là aussi différent puisque les athlètes présentent de grosses anomalies sur leurs profils sanguins et endocriniens. Ça équivaut à un contrôle positif !

    Ce qui me gêne dans le cas de Cavendish et d’Offredo, c’est que les coureurs n’ont même pas le temps de se justifier devant les instances, qu’ils sont déjà la proie des médias avides de nouvelles croustillantes. C’est bien dommage !

    En ce qui concerne le système de sanction, je te rejoint complètement. Nous sommes perdus entre les différents jugements, et il est grand temps d’harmoniser tout ça !

  3. Il est évident que les no-show concerne des tentatives de contrôle : si je déclare être à un endroit et que je n’y suis pas, comment ADAMS pourrait-il le savoir ? Il ne le peut pas, justement. Regarde Cavendish : il n’y a pas qu’une seule des étapes du Giro qu’il a mal du remplir, je suppose qu’il n’avait mal rempli pour les 3 semaines … il n’a eu donc qu’un seul « no-show » pendant ces 3 semaines, au lieu de 23 si ça comptait tous les jours mal déclarés.
    Le terme « no-show » parle bien de lui-même, c’est une « non-présentation ». Ce n’est pas une mauvaise localisation, c’est bien une non-présentation.

    Le cas Ricco est vite réglé, on est d’accord tous les deux : entre son passé où il s’est déjà fait prendre, ses aveux rétractés lors de son malaise etc … son dossier est rapidement classé, bien que n’ayant pas été controlé positif.

    Le cas rasmussen et le cas offredo sont en revanche identique pour moi : les deux ont mentis sur leur localisation ! Oui Rasmussen était en Italie alors que dans ADAMS il avait déclaré être au Mexique. Oui Offredo, par 3 fois (dont 1 fois il était sur une course, mais quid des 2 autres ?) a loupé un contrôle anti-dopage, donc n’était pas non plus la où il avait déclaré être. Qui te dis qu’il n’était pas en Italie au même endroit que le Danois ?

    Je ne dis pas que Rasmussen n’était pas dopé, je ne dis pas qu’Offredo l’est. Je note juste qu’ils ont fait exactement la même chose : déclarer être à un endroit alors qu’ils n’y étaient pas. Dans ce cadre, si l’un a pris 2ans et a été condamné à ne courrir qu’en 2ème division, pourquoi l’autre ne le serait pas ? La justice indique qu’une même faute doit être punie d’une même sanction en théorie.

    Je n’ai rien contre Offredo, j’espère que la sanction sera clémente comme ça l’a été pour les autres coureurs dans le même cas que lui ces derniers mois.

    S’il est blanchi, comme le sont tous les autres, j’en viens à me demander à quoi servent au final ces contrôles hors-compétitions ? D’une part ils n’attrapent personne avec, et d’autre part ça coute très cher … je pense que s’ils sont maintenus, c’est pour montrer qu’on tente de résoudre le problème, qu’on y met des moyens, et pour éviter que ça ne redevienne l’orgie comme avant 98 ou tout le monde faisait tout et n’importe quoi … la, mine de rien, s’ils ne font pas attention ils peuvent se faire prendre !

  4. Contador a certes été positif au laboratoire de Cologne (il ne l’aurait pas été à celui de Chatenay Malabry), mais même le TAS a reconnu qu’il n’y avait pas eu intention de se doper. En ce qui concerne Offredo ou Baugé, tout ceci confine au ridicule. Et en attendant on laisse mourir la piste, qui est pourtant une discipline majeure du cyclisme. Que fait l’UCI? Aurait-elle dû accepter que la poursuite et le km disparaissent des disciplines olympiques, alors qu’en natation ou dans le ski on a un nombre invraisemblable d’épreuves au point d’avoir un champion avec 5, 6,7 ou 8 médailles d’or?

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