Haute Route Alpes, étape 3 : coup de bambou dans le Lautaret…

Dans la descente du Lautaret sur la Haute Route Alpes 2017

Au matin de la 3ème étape, nous avions la chance de vivre un lever de soleil avec vue sur les montagnes alentours. Bien installés dans la vallée de Serre Chevalier, notre camping-car se réveillait doucement à côté de celui de la famille Ruffaut, rencontrée la veille au soir. J’avais échangé quelques mots avec Pierre, second du classement général à ce stade de la course. C’était un plaisir de pouvoir discuter avec un cycliste de haut niveau passionné, humble et très sympathique ! Il venait de casser son cadre mais heureusement pour lui, la marque Heroïn, sponsor principal de la Haute Route, avait pu lui mettre à disposition un vélo pour finir la course.

Le col le plus roulant des Alpes me coûtera cher…

Le programme du jour était encore une fois bien copieux. Le faible kilométrage annoncé (112 km) cachait en réalité une étape difficile à travers le Lautaret, le col de Sarenne puis la montée finale vers l’Alpe d’Huez par Villard-Reculas. Je me rendais au départ en vélo par une température bien fraiche, mais c’est le soleil qui dominait les débats une fois de plus. Quel plaisir de rouler dans ces conditions !

Le départ était donné au cœur de la station de Serre Chevalier, c’est-à-dire dans les premiers kilomètres de la montée du col du Lautaret. Ce col est très particulier, car si son sommet culmine à 2000 mètres d’altitude, il affiche des pourcentages très faibles en dehors de quelques passages un peu plus difficiles. Je m’attendais à souffrir dans cette première montée, les ascensions roulantes n’étant pas vraiment à mon avantage.

Le départ neutralisé permettait de s’échauffer, puis nous étions lâchés à environ 20 km du sommet. Le rythme plutôt modéré dans les premiers hectomètres s’accélérait progressivement sous l’effet des premières attaques du jour. Je m’accrochais dans les roues, mais sentais bien que les jambes n’étaient pas vraiment au rendez-vous en ce 3ème jour de course.
A mesure que nous nous rapprochions du sommet, notre peloton commençait sérieusement à se réduire, tandis que je souffrais vraiment pour rester au contact. Je finissais par reculer petit à petit, jusqu’à me retrouver dernier du groupe. J’arrivais à souffler un peu dans les moments de ralentissements, mais les quelques attaques qui faisaient régulièrement accélérer le groupe me coûtaient très cher. Je finissait par faire l’élastique à l’arrière du groupe, lâchant quelques mètres puis revenant au prix d’un gros effort.

Le peloton encore compact dans le col du Lautaret sur la Haute Route

A 3 kilomètres du sommet, un grosse attaque des leaders sonnait mon coup de grâce. Incapable de suivre le rythme, je laissais filer un groupe encore imposant et me retrouvais seul dans la pampa. Si cette situation n’est pas bien gênante dans un col classique, tout ceux qui ont monté le Lautaret seul savent que ce n’est pas vraiment la meilleure option. Face au vent, je perdais mètres après mètres sur le groupe de tête, et basculais au sommet avec une bonne minute de retard.

Pour une fois, la descente était chronométrée jusqu’au tunnel du Chambon, il fallait donc tout donner pour tenter de reprendre du temps. J’attaquais la descente comme un fou, mais son tracé peu technique et peu pentu n’était pas pour m’avantager. J’enchaînais néanmoins les longues courbes à plus de 70 km/h, et reprenait rapidement les plus mauvais descendeurs du groupe de tête. Je ne lâchais rien, prenais tous les risques jusqu’au passage sur le tapis de chronométrage. Quel dommage, en explosant dans le col du Lautaret, je venais de griller beaucoup trop de cartouches !

La descente à bloc du Lautaret, Haute Route Alpes 2017

Une montée difficile jusqu’au sommet du Col de Sarenne

Nous étions invités à traverser une route de secours pour contourner le tunnel du Chambon, avant de finir la descente en roue libre vers le barrage du même nom. Et c’est à ce moment là que la seconde ascension du jour se présentait sous nos roues. N’ayant jamais gravi le col de Sarenne, j’avais la surprise de me retrouver dans un véritable mur pour les premiers kilomètres d’ascension. Je négociais ce passage en force, pensant que cela ne durerait pas, mais mon choix n’était pas le bon. Les trois premiers kilomètres d’ascension étaient vraiment dur, je laissais une nouvelle fois beaucoup de force dans la bataille. Pour ne rien arranger, mon gilet coupe vent se coinçait au niveau de la fermeture et commençait à sérieusement m’énerver ! Ce n’était pas mon jour !

Le magnifique col de Sarenne franchit sur la Haute Route

Après une petite pause en pleine pente pour débloquer ce foutu gilet, je relançais la machine sans avoir l’impression d’être très efficace. Incapable de suivre un groupe qui venait de me reprendre, j’avais de la peine à trouver mon rythme. Kilomètres après kilomètres, j’avais la désagréable sensation de traîner ma misère dans ce paysage pourtant sublime. La pente était vraiment rude, et nous nous retrouvions rapidement dans des alpages sans ombre. J’arrivais au sommet bien entamé, et profitais d’un court arrêt au ravitaillement pour recharger les batteries. J’étais une nouvelle fois surpris de la stratégie de certains, qui semblaient prendre une large pause dans cette section non chronométrée. J’hallucinais presque en voyant certains se faire masser par leurs suiveurs, une pratique bien éloignée de l’idée que je me fais d’une course cycliste…

Je plongeais ensuite vers l’Alpe d’Huez, puis vers Bourg d’Oisans la route principale de l’Alpe. Je croisais des centaines de cyclistes se lançant à l’assaut de cette montée mythique, tandis que j’enchaînais les épingles sans prendre de risques, un peu coincé par les voitures.
Je retrouvais dans la vallée trois coureurs dont le danois Mickaël Poulsen, avec lequel je commençais à sympathiser à force de partager des coups de pédales. Nous roulions tranquillement pour contourner l’Alpe d’Huez et se diriger vers le pied de l’ascension de Villard-Reculas. Nous attaquions cette ascension sur un bon rythme, et je retrouvais enfin de très bonnes jambes. En me calant sur un bon rythme, je distançais sans vraiment le vouloir mes compagnons de route, mais ce moment d’euphorie allait être de courte durée.

L'Alpe d'Huez par Villard-Reculas sur la Haute Route des Alpes

Au bout de 5 kilomètres de montée, je commençais à caler et me voyais obligé de ralentir le rythme. Les deux meilleurs grimpeurs de notre petit groupe me redoublaient, tandis que je restais concentré sur mon effort pour atteindre le petit village de Villard-Reculas. Sa traversée relativement plate permettait de souffler un peu, avant d’attaquer les derniers lacets de la montée vers l’Alpe d’Huez.

Dans les lacets de l'Alpe d'Huez sur la Haute Route Alpes 2017

Encouragé par mon fils sur la Haute Route Alpes 2017

A la relance dans l'Alpe d'Huez sur la Haute Route 2017

Un peu au bout du rouleau, j’avais le plaisir d’apercevoir au détour d’un virage mes supporters qui me donnaient une nouvelle fois un petit coup de boost. Entendre son fils encourager son papa est quand même un sentiment de fierté indescriptible ! Ragaillardi par ce passage, je terminais cette étape en lâchant toutes mes forces, laissant apparaître la souffrance sur mon visage, pour passer la ligne en 4h39 à une surprenante 39ème place. Vu mes déboires en début de course, je ne pensais pas finir aussi haut dans le classement.

Également 39ème au classement général à l’issue de ces trois étapes, je comptais sur la journée du lendemain pour me refaire un peu la cerise et maintenir ce classement plus qu’honorable de mon point de vue…

 

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