Haute Route Alpes, étape 5 : 183 km et le doute qui s’installe…

Le Glandon au programme de la 5ème étape de la Haute Route

Après une après-midi consacrée au repos suite au contre-la-montre à l’Alpe d’Huez, le réveil à 5h du matin fut quand même un peu violent. Mais il faut dire que cette 5ème journée de course annonçait un programme chargé. Il s’agissait de l’étape reine de cette Haute Route Alpes 2017, avec pas moins de 183 km par delà les cols du Glandon, de la Madeleine puis la montée vers la station des Saisies via le signal de Bisanne où le chronomètre était stoppé avant la redescente vers Megève. J’en avais mal aux jambes, rien que d’y penser…

Pas de force, le moral dans les chaussettes

Le peloton de la Haute Route à l'assaut du Glandon

Au départ de l’Alpe d’Huez, le soleil était toujours présent. La descente neutralisée fut un peu pénible, mais tout le monde se réchauffait dès que le départ réel était donné. Je participais aux premières escarmouches, mais le pied du Glandon se présentait vite sous nos roues. J’avais de vagues souvenirs de ce versant, l’ayant monté une seule fois lors de la Marmotte en 2014. Les pourcentages très difficiles dans les premiers hectomètres d’ascension me mettaient rapidement dans le rouge, je forçais un peu mais les jambes n’étaient pas au rendez-vous. Je me voyais obligé de laisser partir devant moi de grosses grappes de coureurs, mais j’essayais de rester fluide dans mon coup de pédale.

Les leaders de la Haute Route dans le Glandon

Le Glandon offre des paysages magnifiques

Heureusement pour moi, la pente se radoucissait au bout de quelques kilomètres d’ascension, mais les dégâts étaient déjà importants. Je me faisais doubler par des coureurs que je n’avais encore jamais aperçu de la semaine, ce qui me cassait sérieusement le moral. La pente n’était pourtant pas sévère, mais j’étais incapable de relancer la machine. Je traînais ma grande carcasse péniblement, et atteignais le sommet complètement démoralisé. Je n’avais pas souvenir d’avoir tant souffert dans une montée de col, le cœur ne montait plus et je n’avais que peu d’énergie pour avancer…
Je soufflais quelques minutes, puis attaquais la descente très technique du Glandon. Celle-ci n’étant pas chronométrée, je ne prenais pas de risque tout en me faisant quand même plaisir dans l’enchaînement des virages serrés. Cette descente ludique me redonnait le sourire, après tout, j’étais là pour profiter et je ne pouvais pas baisser les bras en sachant que ma famille m’attendais à l’arrivée…

De meilleures sensations dans La Madeleine

Je mettais à profit un petit passage sur le plat pour tourner les jambes, ragaillardit par ces pensées positives, puis il était déjà temps d’attaquer le deuxième col du jour. C’est le col de la Madeleine qu’il fallait gravir, et que je ne connaissais pas dans ce sens là. Les 19 km d’ascension me faisaient un peu peur, mais le pourcentage très régulier convenait bien à ma forme très moyenne du jour. Je trouvais rapidement mon rythme, et retrouvais un peu de sensations tout en ne me faisant plus doubler par d’autres coureurs moins bien placés que moi au général. Bien concentré sur mon effort, je parvenais au sommet sans encombre en ayant limité la casse par rapport au début d’étape. Mais je n’étais à ce moment qu’à la moitié du parcours, les 90 km restants n’étant pas de tout repos…

Vue sur le Mont Blanc dans la descente de La Madeleine

J’attaquais la descente sans trop tarder, pendant que certains lézardaient longuement au ravitaillement situé au sommet… Comme à mon habitude, je descendais rapidement sans toutefois prendre trop de risque, mais le plaisir de dévaler les pentes à toute vitesse prenait quand même le dessus. Au bas de cette longue descente, au détour d’une petite route, le chrono reprenait. J’arrivais seul sur cette portion, alors que quelques coureurs attendaient déjà du renfort. Vu la longue portion de vallée qui nous attendait, je choisissais de m’arrêter moi aussi pour parcourir la bonne trentaine de kilomètres à venir en groupe. Après une bonne dizaine de minutes d’attente, nous étions suffisamment nombreux pour nous lancer.

Un bon groupe pour traverser la vallée

C’est donc à une vingtaine d’hommes que nous passions le tapis de chronométrage, pour nous lancer à l’assaut d’une montée non répertoriée. Sans savoir combien de temps celle-ci allait durer, je prenais le pari de m’accrocher à ce groupe de coureurs tous bien placés au général. Je passais avec plaisir devant le camping-car, puis serrais les dents pendant un bon quart d’heure pour passer cette fichue bosse ! La descente qui suivait était vite avalée, je mettais à profit mes qualités pour enchaîner rapidement les virages dans l’idée de regagner du temps sur cette partie chronométrée. Une fois la vallée regagnée, nous lancions une belle chasse à l’assaut du prochain col. Il y avait quand même une trentaine de kilomètres à parcourir, et mieux valait ne pas trainer en route… Très vite, le rythme qui s’installait était soutenu. Je retrouvais quelques sensations des courses du Nord, filant à plus de 45 km/h, et ne regrettait en rien d’avoir attendu quelques minutes avant de me lancer.

Dans un bon groupe pour travaerser la vallée...

Les relais s’enchaînaient bien à une vingtaine de coureurs, ce qui permettait de souffler un peu. Je devais néanmoins m’employer sérieusement pour assurer ma part du travail, alors qu’une nouvelle petite bosse se profilait au bout de 15 kilomètres de chasse. Les plus costauds prenaient les rennes du groupe, tandis que je commençais à donner des signes de faiblesse. Quelques uns, asphyxiés par le rythme très élevé, se voyaient lâchés dès les premières rampes.
Le profil en montagnes russes qui se présentait à nous me permettait de détendre un peu les jambes dans les descentes, mais je devais vraiment serrer les dents à chaque nouvelle ascension. Si bien qu’à un peu moins de 5 kilomètres du pied du dernier col, j’explosais en vol dans un ultime effort trop important pour moi…

Je prenais un nouveau coup au moral, bien conscient que cette défaillance pouvait me coûter cher en temps. Je retrouvais quand même rapidement mes esprits, et collaborait avec deux autres coureurs ayant craqués pour avancer coûte que coûte…

Le Signal de Bisanne se mérite !

Pas mécontent d’apercevoir les panneaux annonçant la montée finale, je me ravitaillais pour redonner un peu de peps à mon corps qui en manquait tant en ce 5ème jour de course. Je n’avais jamais monté Les Saisies, mais avais entendu dire que ce versant par le Signal de Bisanne était vraiment dur.

Cette réputation éclatait sous mes yeux dès les premières pentes. J’étais complètement planté dans des pentes supérieures à 10 %, et avais la désagréable impression qu’aucun panneau mentionnait le kilométrage et la pente moyenne du prochain kilomètre n’était implanté. L’air de rien, ces petits panneaux sont très précieux à mes yeux pour gérer l’effort et surtout découper les montées de cols par petits objectifs. Alors autant vous dire qu’avec plus de 150 kilomètres dans les jambes, un soleil de plomb et ce manque d’information, il y avait de quoi gamberger !

La montée des Saisies par Bisanne, hyper dur !

Je prenais quand même quelques repères kilométriques sur mon Garmin pour évaluer la distance qu’il me restait à parcourir jusqu’au sommet. Tant bien que mal, je conservais un rythme relativement efficace, et montais ce col quasiment entièrement seul, sans me faire rattraper par un concurrent en meilleure forme.

Le sommet franchi, il fallait encore négocier une courte descente sur une toute petite route. Je la parcourais à fond pour gagner un peu de temps si possible, puis nous rattrapions la route principale vers Les Saisies pour en parcourir le dernier kilomètre de montée. Je donnais tout ce qu’il me restait de force dans les jambes, puis passait la ligne d’arrivée devant un public venu en nombre assister à l’arrivée d’une étape du Tour de l’Avenir. Le clin d’œil était sympa, le public nous encourageait pour les derniers mètres ce qui n’était pas désagréable après une telle journée d’efforts.

Une ligne d'arrivée commune pour la Haute Route et le Tour de l'Avenir...

Après une bonne pause au ravitaillement, il fallait encore parcourir une bonne vingtaine de kilomètres non chronométrés pour rejoindre Megève. J’adoptais un rythme vraiment cool, histoire d’opérer une petit décontraction, mais la moindre partie montante me faisait taper dans mes réserves. Je progressais donc sans forcer, avant que les gendarmes de la garde nationale nous invitent à nous mettre sur le côté pour laisser passer le peloton du Tour de l’Avenir. Les jeunes espoirs passaient à côté de nous à vive allure, et je reprenais la route avec mon petit groupe à l’approche de Megève.
J’avais la surprise de retrouver Julien deux kilomètres plus tard, il était venu à ma rencontre en vélo. Cela permettait de débriefer sur l’étape du jour et de partager quelques kilomètres avec mon meilleur supporter !

Je franchissais la ligne après 6h40′ de course, dont 4h56′ chronométrés, ce qui me plaçait à une surprenante 42ème place de l’étape. Vu ma grosse défaillance dans le Glandon, je n’imaginais pas un seul instant entrer dans le top 50. Mes 30 kilomètres de vallée en groupe à vive allure n’y furent certainement pas pour rien…
Je reculais au 41ème rang du général, mais complètement vidé, je me demandais sérieusement comment j’allais pouvoir enchaîner encore deux jours de course avec des dénivelés conséquents. Mieux valais ne pas se poser trop de question, et privilégier la récupération pour recharger les batteries…

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